Alain Berland : Micro-mousse est une sculpture qui crée un monde, très étonnant et spectaculaire, mêlant éléments naturels et artificiels. En quoi cette œuvre est-elle représentative de vos préoccupations artistiques ?

Des origines du monde, reliées aux énergies fossiles en passant par la préhistoire, je développe depuis 2011 un ensemble : Ces milieux. En montrant une nature perturbée et manipulée par l'homme, chaque forme semble produite ou rejetée par un environnement modifié. Débuté il a plus d'une décennie et passant par l'ensemble : Neverland en 2009, j'ai mis en place un processus exploratoire qui se déplace continuellement dans le temps, afin de questionner le monde vivant.

En montrant une nature en perpétuelle évolution á travers des espèces, des minéraux... les installations semblent témoigner de notre présent. Mêlant le passé et le futur, elles sont constituées des signes du temps, comme les traces de phénomènes d'érosions ou d'irradiation, d'un monde pré ou post-humain.

On peut se demander si notre société devenue ultra-fragilisée n'est pas en train de basculer. Je manipule alors par la dérision et l'artefact ces impressions. La présence de fragments échoués, devenus indestructibles passants de la matière naturelle "mutante" est á présent polluante. Les volumes et les dessins constituent des échantillons de paysages, une collection de souvenirs, formes de cartographies cérébrales successives.

Fragments de corps cérébraux, minéraux, architecturaux et végétaux, ils sont construits á partir de phénomènes qui semblent biologiques. Chaque élément isolé devient un micro-organisme. En proliférant par leur multiplication, ils participent á la sensation d'asphyxie.

Au fil des années, j'ai réduit mes matières, les unes dérivant du pétrole (polystyrène), les autres du carbone (graphite) dont les propriétés relient tout ensemble vivant. Je les déploie de fa├žon continue dans chacune des installations, sculptures ou dessins.

Avec son allure d'écosystème fragile, Micro- mousse est majoritairement composée de matières plastiques jusqu'á rendre étouffant un territoire indéterminé. La pièce est posée sur le sol, basculée elle marque la limite entre deux milieux : terrestre et marin où les premières formes de vie furent probablement des micro-organismes capables de résister aux rayons ultra- violets et les premières formes de végétaux étaient des plantes au ras du sol comme les mousses.

J'ai introduit tour á tour un dessin de M.C Escher de 2 cm2 de mousse en s'interrogeant sur le changement d'échelle, ses illusions, les mathématiques. D'autre part les images de la maison d'enfance d'Andrei Tarkovski (In Memoriam 5'44) participe á la vision de ruine ensevelie sous la nature. Son aspect figé participe á la vision post- humaine et nucléaire. Par le visionnage de dessins animés d'Ayao Miyasaki (Nausicaä 116') l'enfance est aussi évoquée avec son spectre d'images, lié á l'enseignement de l'écologie et par l'aspect chromatique dans ce contexte populaire.

Des trois sources, il est question d'éveiller la conscience, cette conscience forte d'être au monde.